Lorsqu’on est entrepreneur ou travailleur autonome, on pense constamment à protéger son entreprise : ses finances, ses équipements, ses locaux, ses employés et ses activités. Pourtant, on oublie parfois de protéger l’une de ses ressources les plus importantes : soi-même.
Pour plusieurs entrepreneurs, particulièrement dans les petites entreprises, le propriétaire occupe un rôle central. Il développe la clientèle, prend les décisions, supervise les opérations et, bien souvent, génère directement une partie importante des revenus.
Mais que se passe-t-il si, du jour au lendemain, il n’est plus en mesure de travailler?
Une maladie, un accident, un épuisement professionnel ou un problème de santé peut rapidement avoir des conséquences qui dépassent la sphère personnelle. Lorsqu’on est à la tête de son entreprise, notre santé et celle de notre organisation sont souvent beaucoup plus liées qu’on ne le croit.
Les entrepreneurs ne sont pas à l’abri !
La pression associée à l’entrepreneuriat est bien réelle. Selon un sondage réalisé par la Banque de développement du Canada (BDC) en 2025 auprès de 1 510 propriétaires de PME, 36 % affirment que des problèmes de santé mentale nuisent à leur capacité de travailler au moins une fois par semaine.
À cela s’ajoutent les risques liés à la santé physique. Selon les projections de la Société canadienne du cancer, environ 254 100 nouveaux cas de cancer devraient être diagnostiqués au Canada en 2026.
Les maladies cardiovasculaires et les AVC touchent également de nombreuses familles canadiennes. Selon Cœur + AVC, 6 personnes au pays sur 10 ont été touchées personnellement, ou par l’intermédiaire d’un proche, par une maladie du cœur ou un AVC.
Derrière ces statistiques se trouvent des réalités très concrètes : des personnes qui doivent ralentir, interrompre leur travail pendant plusieurs semaines ou plusieurs mois, ou parfois complètement revoir leur façon de travailler.
Pour un entrepreneur ou un travailleur autonome, cette situation soulève rapidement une autre préoccupation : qu’arrive-t-il aux finances personnelles et à l’entreprise pendant cette période?
Quand l’entrepreneur s’arrête, l’entreprise peut aussi être fragilisée
Une incapacité de travailler peut entraîner plusieurs conséquences simultanément.
La première est évidemment la diminution du revenu personnel. Contrairement à un salarié bénéficiant de certaines protections offertes par son employeur, un travailleur autonome doit généralement prévoir lui-même une partie importante de son filet de sécurité.
L’entreprise, elle aussi, continue d’avoir des obligations. Le loyer commercial, certains salaires, les abonnements professionnels, les assurances et plusieurs autres dépenses demeurent, même lorsque les revenus diminuent.
L’absence du propriétaire peut également ralentir les décisions, la production, le développement des affaires ou le suivi auprès des clients. Plus l’entreprise dépend directement de son propriétaire, plus son absence risque d’avoir des répercussions importantes.
Dans ma pratique, j’ai accompagné des clients qui ont vécu ce type de situation. Certains m’ont confié à quel point ils étaient soulagés d’avoir pris le temps de réfléchir à leur protection financière avant qu’un problème de santé survienne.
C’est justement là que la planification prend tout son sens.
Prévoir l’imprévisible
Il existe différentes protections permettant de réduire les conséquences financières d’une incapacité de travailler. Elles ne répondent pas toutes au même besoin et doivent être évaluées selon la réalité de chaque entrepreneur.
L’assurance invalidité vise à remplacer une partie du revenu lorsqu’une personne devient incapable de travailler en raison d’une maladie ou d’un accident. Elle peut notamment permettre de maintenir certaines obligations financières personnelles et familiales, tout en évitant de devoir puiser trop rapidement dans son épargne ou s’endetter.
L’assurance maladies graves prévoit généralement le versement d’un montant forfaitaire lorsque l’assuré reçoit le diagnostic d’une maladie couverte par son contrat et que les conditions prévues sont respectées. Cette somme peut notamment servir à absorber une perte de revenus, certains frais liés au rétablissement ou des dépenses supplémentaires occasionnées par la maladie. L’assurance maladie grave peut également faire parti de votre stratégie de retraite et qui pourrait être fiscalement avantageux.
L’assurance des frais généraux d’entreprise, quant à elle, vise plutôt l’entreprise. Selon les modalités du contrat, elle peut permettre de couvrir certaines dépenses fixes admissibles pendant une période d’invalidité du propriétaire, comme le loyer et diverses dépenses nécessaires au maintien des activités.
Ces protections ont des objectifs différents, mais elles répondent toutes à une même question : si je ne pouvais plus travailler demain, pendant combien de temps mes finances personnelles et mon entreprise pourraient-elles continuer sans moi?
Un plan de protection doit évoluer avec l’entreprise
Avoir souscrit une assurance il y a plusieurs années ne signifie pas nécessairement que la protection correspond encore à votre réalité actuelle.
Une entreprise évolue. Les revenus changent, les dépenses augmentent, de nouveaux employés s’ajoutent, les responsabilités familiales se transforment et les engagements financiers aussi.
Il est donc pertinent de revoir périodiquement son plan de protection afin de vérifier si les montants prévus et les protections détenues correspondent toujours aux besoins actuels de l’entrepreneur et de son entreprise.
Cette réflexion ne concerne d’ailleurs pas uniquement l’assurance. Elle permet aussi de se demander qui pourrait prendre certaines responsabilités en cas d’absence, quelles dépenses devraient continuer d’être assumées et quelles ressources financières seraient disponibles.
En conclusion
On pense naturellement à assurer sa maison, sa voiture, ses équipements ou les biens de son entreprise. Pourtant, derrière tous ces actifs se trouve souvent la même personne : l’entrepreneur qui génère le revenu permettant de les payer.
Prévoir ce qui arriverait en cas d’incapacité n’est pas une façon d’anticiper le pire. C’est une façon de protéger ce que l’on a bâti et de se donner la possibilité de prendre soin de soi lorsqu’on en a réellement besoin.
La question à se poser est donc simple : si je ne pouvais plus travailler à compter de demain, quel serait mon plan de match?
Prendre le temps d’y répondre pendant que tout va bien, peut faire une réelle différence lorsque survient un imprévu.